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 L'histoire du peuple gnawa

   
harami

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: 12/07/2007

: L'histoire du peuple gnawa    21, 2007 6:42 pm

Les Gnawa du Maroc sont les descendants des esclaves, ils ont t amens au Maroc en tant qu'esclaves noirs dports des pays de l'Afrique occidentale subsaharienne (Mauritanie, Sngal, Mali, Niger, Guine). Leur saint patron est Sidi Bilai, c'est le premier esclave qui fut libr par le prophte Mahomet pour devenir le premier muezzin (celui qui fait l'appel la prire) de l'Islam. Ils se sont ensuite mtisss la population locale et se sont forms en confrrie pour crer un culte original mlangeant des apports africains, andalous et arabo-berbres. On dit des Gnawa qu'ils sont "africains par la sve et maghrbins par la greffe". Les Gnawa pratiquent un rite de possession appel derdeba et qui se droule la nuit (lila) d'o son appellation de lila de derdeba. Ce rite rassemble les chefs de culte et les adeptes qui vont s'adonner la pratique des danses de possession et la transe.

2 - Le rite de possession (lila de derdeba )

Lors du rite de possession, les musiciens, aprs avoir effectu leur rpertoire de divertissement (koyyou), vont jouer le rpertoire sacr (mluk) o les adeptes et les danseurs vont tre sujet des phnomnes de transe. Le matre musicien va enchaner. de minuit sept heures du matin, une srie de devises chantes, accompagnes par son guembri et par les joueurs de qraqeb. Chaque devise chante fera rfrence un djinn ou un mluk (gnie, esprit) bien dtermin.

Les entits invoques peuvent tre des entits purement surnaturelles ou des saints ayant rellement exist. Il y a sept cohortes de mluk et chacune d'entre elles possde sa tte un ou plusieurs esprits dominants. Les mluks ont chacun une devise chante, un encens particulier (que l'on brle quand l'esprit prend possession d'un adepte), une couleur.

On distingue les mlouk de la mer (moussaouiyin) auxquels on attribue le bleu clair ; les clestiels (samaouiyin) ont pour couleur le bleu fonc ; les mlouk de la fort, (rijal al ghaba) originaires d'Afrique ont pour couleur le noir tout comme les mlouk appartenant la cohorte de Sidi Mimoun ; enfin les mlouk rouges (al houmar), lis au sang et qui hantent les abattoirs. Le blanc et le vert sont rservs aux saints invoqus, notamment Moulay Abdelkader Jilali et les chorfa. La couleur jaune est attribue l'esprit fminin Lala Mira.

Le Coran prcise aussi que les djinns sont crs partir de feu clair sans fume et se diffrencient des anges qui sont cres de lumire. Les djinns sont encore dcrits comme des tres plus subtils que les tres humains. Ils possdent leurs principales fonctions psychologiques et physiologiques ; ils mangent, boivent, se marient, engendrent et meurent. Ils ont mme une constitution sociale calque sur celle des hommes. Autant que les hommes, ils sont dous d'intelligence et responsables de leurs actes. L'activit des djinns se droule la nuit et se termine avant l'aube, lorsque le muezzin appelle la prire. Les danseurs-possds entretiennent tous une relation plus ou moins proche avec un esprit cit prcdemment. Pendant le rite de possession (lila de derdeba), lorsque le malem commence jouer le thme et la devise d'un gnie, le possd qui se rattache cet esprit entrera en transe et s'identifiera lui. Cette danse de possession sera souvent effectue avec des objets rituels qui rvlent les attributs du gnie possesseur: danse avec des poignards pour Sidi Hammou, le matre des abattoirs, avec un bol d'eau sur la tte pour Sidi Moussa (Mose ). Quand le danseur entre en transe, la voyante le couvre d'un voile de la couleur attribue l'esprit qui le possde, elle brlera galement un encens adapt cet esprit.

Les adeptes du culte sont gnralement des malades en qute de gurison et le culte de possession fonctionne comme une cure. Toutefois, la possession n'est pas qu'exorcisation, la puissance curative n'est pas la seule dimension du culte. Le rituel des Gnawa consiste en une sorte "d'initiation dont le point de dpart aura t la maladie" car nombre de possds restent dans la confrrie et poursuivent l'initiation une fois l'quilibre retrouv. Il y a une hirarchie dans la possession: du possd frapp au possd qui matrise l'esprit qui l'a au dpart tourment (celui-ci deviendra parfois malem ou chef de culte). Le culte de possession fonctionne pour les Gnawa comme une voie (tarique) conduisant dcouvrir la lumire intrieure. Les pressions extrieures exerces sur les Gnawa sont aujourd'hui trs fortes. Elles viennent d'une part des fondamentalistes musulmans qui vont tenter de diaboliser leurs pratiques.

D'autre part, de certains modernistes pour lesquels l'ide d'une communication directe avec la surnature s'avre incompatible avec une certaine ide de progrs et de civilisation. Ceux-ci tenteront de folkloriser leurs pratiques en mettant en valeur simplement la musique et les danses mais en occultant totalement la finalit des rituels.

De plus en plus de malem se dirigent vers des activits strictement musicales, plus lucratives que les activits traditionnelles, et fortement demandes au Maroc comme l'tranger. Toutefois, lors du mois de chabane (avant le ramadan) une foule toujours aussi dense se presse pour assister aux lila des Gnawa dans de nombreuses villes du Maroc.

3 - Les musiciens et leurs instruments

Les pratiques rituelles. initiatiques et thrapeutiques des Gnawa sont animes et conduites par deux types d'intervenants : les matres musiciens (malem) et leurs troupes, d'autre part les voyantes thrapeutes. Ils sont les principaux membres de la confrrie et agiront soit de concert, soit sparment selon l'activit envisage.

Les musiciens gnawa se divisent en deux catgories : Les matres musiciens et la troupe qui est sous leur direction. Le matre musicien est appel malem (plur. : malmin), il est le garant du culte et de la tradition musicale. Au Maroc, ce terme dsigne toute personne ayant une matrise ou un savoir-faire dans une activit donne, qu'elle soit technique ou intellectuelle. On trouvera des malmin, par exemple, dans l'artisanat. Pour obtenir ce statut, l'apprenti devra tre reconnu officiellement par les membres de sa corporation et par les malmin qui l'ont prcd.

L'instrument de musique principal chez les Gnawa qui animent la lila de derdeba, le rite de possession, se nomme le guembri. Cet instrument est jou par le matre musicien (le malem). Le malem est galement le chanteur principal de la troupe. Les autres musiciens de la troupe jouent les qarqabu, sorte de castagnettes en mtal, et excutent les danses. Ils sont gnralement les disciples du malem et aspirent devenir matre leur tour. Ils ralisent galement le contre-chant en rptant en coeur les devises chantes par le matre. Toutefois, il arrive que le matre jouant le guembri soit trop fatigu pour chanter et confie cette tche un de ses disciples.

Le guembri est un luth tambour trois cordes et registre bas. Il est constitu d'une caisse de rsonance et d'un manche en bois. Le bois utilis peut tre du noyer ou de l'acajou, mais les anciens matres prfrent le bois de peuplier qui donne une meilleure rsonance. La caisse du guembri mesure soixante centimtres de long, vingt centimtres de large et quinze de profondeur. Elle est traverse par un manche d'environ un mtre. Les guembri qui servent l'apprentissage sont appels "aouicha" et sont plus petits. La caisse de rsonance du guembri est recouverte par une peau de dromadaire sche et tanne. La partie utilise est le cou du dromadaire. C'est cette peau qui, frappe par la main droite du musicien en mme temps que les cordes, donnera au guembri un son de percussion. Le guembri possde trois cordes. Deux cordes remontent jusqu'en haut du manche, celle du milieu s'arrte la moiti du manche, elle est joue vide par le malem. Les cordes sont faites partir des intestins d'un bouc bien gras pour qu'elles ne cassent pas au moment de la prparation. La confection de chaque corde du guembri demande un nombre prcis d'intestins. Les intestins servant fabriquer les cordes viennent toujours d'un animal sacrifi rituellement selon les usages des Gnawa. Un sistre mtallique, la "sersra", vient s'encastrer l'extrmit du manche du guembri, il est mis en rsonance par les mouvements de l'instrument et les vibrations des cordes.

Les qarqabus, aussi appels crotales ou qraquech, sont utiliss par la troupe qui est au service du malem. Ce sont deux cupules en fer, identiques, de treize centimtres de diamtre, relies par une tige mtallique de neuf centimtres sur trois de large. Le musicien tient dans chaque main deux de ces claquettes et les entrechoquent. les parties concaves symtriques se faisant face. Un lacet en cuir de vache fixe les cupules intrieures par une extrmit perfore. Un autre lacet, pass par deux trous le long de la tige mtallique, permet de glisser le pouce dans le qarqabu suprieur et les quatre doigts dans l'autre.

Lors de l'introduction de la partie sacre du rite de possession, les Gnawa utilisent deux tambours appels "tbel". Le tbel est maintenu sur le cot gauche du musicien, maintenu par une bandoulire et frapp par deux baguettes dont l'une est courbe et l'autre droite. Le tbel est utilis par paire et accompagn de quatre paires de qarqabus
    
 
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